En Corée du Sud, les pétitions présidentielles, un moyen d’expression plébiscité

En Corée du Sud, un système de pétitions rencontre un succès extraordinaire. N’importe quel citoyen peut adresser une demande sur le site internet de la présidence. Si elle rassemble plus de 200 000 signatures en un mois, le gouvernement doit y apporter une réponse.

De notre correspondant à Séoul,

C’est un système mis en place par le gouvernement Moon Jae-in en août 2017, quatre mois après son élection portée par la révolution des bougies. Le principe est simple : n’importe quel citoyen peut, anonymement, déposer ou signer une pétition sur le site de la présidence. Si une pétition dépasse 200 000 signatures, le gouvernement doit, sous trente jours, y répondre et donner sa position, par l’intermédiaire d’une réponse vidéo, téléchargée sur le site YouTube.

Le système est inspiré d’initiatives similaires en Ecosse ou aux Etats-Unis. Mais il rencontre un succès sans commune mesure : en moins de deux ans, on compte déjà plus de 420 000 pétitions, soit plus de 700 par jour. Une petite centaine a atteint le minimum requis pour déclencher une réponse. Ce site est ainsi devenu le moyen privilégié des Sud-Coréens ordinaires pour se faire entendre : il n’y a pas un sujet de société, un débat, un scandale, qui ne déclenche pas une pétition présidentielle.

Les Coréens friands de ces pétitions en ligne

Au risque, parfois, de voir se multiplier des pétitions sur des sujets quelques peu farfelus. Des pétitionnaires ont par exemple exigé la dissolution du célèbre boy ‘s band BTS, d’autres demandent à leur voisins de faire moins de bruit, ou l’exclusion de joueurs de l’équipe nationale de foot après un match raté. Il y a aussi des pétitions qui exigent l’abolition du système de pétition.

Certains sujets abordés sont importants, mais ne semblent guère être du ressort de la présidence. Après que leur nounou ait giflé leur bébé, des parents se sont tournés vers le président pour demander un meilleur système de garde d’enfants. Certains critiquent donc la facilité avec laquelle il est possible de mettre en ligne une pétition, et accusent le système de favoriser le populisme et de la propagation des discours de haine.

Un moyen de pression

Par exemple, après l’arrivée de 500 réfugiés fuyant la guerre au Yémen, des centaines de milliers ont signé une pétition à la tonalité très xénophobe, qui exigeait de limiter le nombre de réfugiés acceptés par la Corée. Mais malgré les limites du système, celui-ci est vu de façon positif. Certaines pétitions ont permis de faire pression sur les députés pour qu’ils votent pour des nouvelles lois. Par exemple, pour des punitions plus sévères en cas de conduite en état d’ivresse.

Le système remplit son rôle, car il oblige les autorités à se prononcer sur des sujets qui comptent pour les gens. Même s’il n’y a derrière aucune obligation législative, c’est une façon pour les ONG et la société civile de mieux se faire entendre. Par exemple, sur la question de l’avortement, qui était interdit jusqu’à la semaine dernière : les féministes ont utilisé ces pétitions en ligne – parmi d’autres actions bien sûr – pour remettre avec succès le sujet au centre du débat.

Pour limiter les abus, des modifications sont tout de même envisagées, telles que la fin de l’anonymat et l’obligation pour les pétitionnaires d’utiliser leur vrai nom.

 

Rfi

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