L’auteur de l’attaque au couteau à Paris identifié

A Paris, un homme a attaqué des passants au couteau samedi 12 mai, dans le quartier très fréquenté de l’Opéra. Un homme de 29 ans est mort. Quatre personnes ont été blessées. Le quartier a été rapidement bouclé et le meurtrier a été neutralisé quelques minutes après les premiers appels pour signaler l’attaque, vers 21h. Le groupe Etat islamique a revendiqué l’attaque. L’identité de l’assaillant est désormais connue. C’est selon les autorités un « Français né en Tchétchénie » et fiché S.

Né en Tchétchénie en novembre 1997, l’auteur de cette nouvelle attaque à l’arme blanche est devenu Français à l’âge de 13 ans lorsque sa mère a été naturalisée. Khamzat A. a grandi dans une famille de réfugiés à Strasbourg, dans l’est de la France, dans un quartier où vit une importante communauté tchétchène.

Ce n’est pas un petit délinquant. Il n’avait pas d’antécédents judiciaires, mais il était en revanche connu des services de renseignement français. Et en particulier de la section antiterroriste de la brigade criminelle qui l’a interrogé il y a un an, dans le cadre d’une procédure contre un homme qu’il connaissait et qui avait effectué un voyage en Syrie.

C’est donc en témoin pour ses relations et non pour ses agissements que Khamzat A. était inscrit au FSPRT, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation islamiste mis en place après les attentats de novembre 2015 en France.

«Tire, tire, je vais te planter»

Les témoins qui ont assisté à l’attaque samedi soir parlent d’un jeune homme aux allures d’étudiant, cheveux mi-longs, la barbe taillée, calme, mais déterminé, au ton presque robotisé quand il se précipite sur le cordon policier lui faisant barrage, menaçant l’un d’entre eux d’un glaçant : « Tire, tire, je vais te planter »

L’enquête est en cours. Le père et la mère de Khamzat A. sont en garde à vue depuis dimanche matin. Un ami de l’assaillant a également été arrêté dans l’est de la France. Des perquisitions permettront d’en savoir plus : l’examen du téléphone portable, d’un ordinateur s’il y en a, pour dresser le portrait, le parcours et le profil psychologique de ce suspect abattu.

La section C1, la section anti-terroriste du parquet de Paris, a été saisie sur la foi de plusieurs témoignages concordants, affirmant que l’agresseur aurait crié « Allah Akbar ». Le mode opératoire rappelle aussi les précédentes attaques : à l’heure des sorties un samedi soir, au cœur de Paris dans ce quartier très touristique de l’Opéra avec ses bars et ses nombreux restaurants japonais et coréens notamment.

Au cours d’une réunion d’état-major, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a indiqué que l’attaque avait été menée avec une « arme rudimentaire », probablement un couteau de cuisine emprunté par l’assaillant dans la cuisine de ses parents.

Retour sur les faits

Il est près de 21 heures dans la rue Monsigny quand un homme, qui « a l’air d’un fou » disent les témoins, sort un couteau et s’en prend à des passants. S’ensuit un mouvement de foule, des cris. Des clients se jettent à terre. Très vite, les policiers interviennent. Trois d’entre eux tentent de l’immobiliser. L’agresseur se précipite sur eux. L’un des agents fait alors usage de son pistolet à impulsion électrique avant qu’un autre ne tire à deux reprises et blesse mortellement l’agresseur.

De nombreux véhicules de secours sont sur place. Le quartier est bouclé. Les sorties de métro alentour sont fermées. Les blessés sont évacués vers l’hôpital Georges Pompidou.

« Deux personnes ont été blessées grièvement, et ont été transférées à l’hôpital Georges Pompidou ; deux autres personnes sont blessées légèrement », a expliqué le directeur du cabinet du préfet de police de Paris, Pierre Gaudin.


Individus isolés et moyens du bord

Depuis l’effondrement de l’organisation Etat islamique, l’organe de propagande du groupe terroriste appelle ses affidés à commettre ces attentats sur place, avec les moyens du bord. « Al-Baghdadi avait appelé à frapper directement sur le sol européen d’une part et par tous les moyens que ce soit d’autre part », rappelle le spécialiste de l’antiterrorisme et de la radicalisation Sébastien Boussois.

Ce qui aboutit à des attaques au véhicule bélier comme à Nice en juillet 2016, au couteau ouà la machette comme lors de l’attaque des militaires au Louvre il y a un an, le 3 février 2017. Et des actes commis par des individus isolés, comme lors des attaques de Trèbes encore dans le sud de la France le 23 mars.

En comparaison des commandos du 13 novembre 2015, munis d’explosifs et d’armes de guerre, les attaques apparaissent de moins en moins préparées. Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques, explique cette « transformation complète de la menace terroriste depuis 2015 » par le fait que les jeunes Européens « ne vont plus directement en Syrie » et « ne se forment plus de façon paramilitaire ».

« On constate progressivement qu’on est dans une importation systématique des méthodes moyen-orientales », précise le chercheur à l’Université libre de Bruxelles. « La tactique du couteau rappelle évidemment celle qui avait eu lieu en Israël, notamment à Jérusalem où un simple couteau, avec une personne derrière, peut créer un véritable état de psychose. »

rfi