Samu : l’urgence d’une réforme

Depuis un mois, les dysfonctionnements des services médicaux d’urgence apparaissent dans la presse, signe d’un besoin profond et immédiat de réformer notre système de santé.

Le 27 avril dernier, la divulgation de la conversation entre Naomi Musenga, jeune femme de 22 ans, et une opératrice du Samu de Strasbourg, a secoué la France. En ce jour de décembre 2017, quelques heures après cet appel, celle qui était mère depuis 18 mois décédait. Le manque d’empathie de l’opératrice au téléphone avait choqué le pays. Depuis, partout en France, d’autres dysfonctionnements dans la chaîne médicale des urgences sont apparus dans la presse. Hier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, a même déclaré sur France Inter avoir connaissance d’une dizaine d’affaires similaires, ajoutant que ce chiffre était sans doute encore «sous-estimé». Au point de jeter la pierre sur le personnel soignant ? «Il y a une prise de conscience, je pense, dans les services des Samu, de la nécessité de faire remonter les dysfonctionnements, ce qui n’était pas le cas avant», a ajouté la ministre.

Quelles solutions ?

Pour les professionnels de santé, le fait de se voir placardés en coupables dans la rubrique «faits divers» est insupportable. Eux qui sauvent des vies à longueur d’année, qui traitent 25 millions d’appels par an, qui voient 21 millions de patients pousser la porte des urgences, cherchent au contraire à se servir de ces «mauvais» exemples pour pointer les problèmes auxquels ils sont confrontés, de plus en plus : croissance du nombre d’appels reçus, conséquence de la désertification médicale ; augmentation du nombre d’abus ; manque de coopération – parfois – des patients ; violence envers le personnel, qu’elle soit physique ou verbale. La médiatisation de ces «affaires» à charge contre les médecins, n’est finalement que la conséquence logique d’un problème sous-jacent, profond : notre système de santé mérite une refonte, et les urgences, sans cesse engorgées par des patients dont les pathologies pourraient facilement être traitées par des médecins libéraux, n’en sont que la vitrine.

Ça tombe bien : en novembre dernier, le gouvernement a demandé un rapport au député LREM Thomas Mesnier, médecin urgentiste à Angoulême, qui devait fournir une série de propositions. Il a présenté ses conclusions cette semaine à la ministre de la Santé, qui pourrait s’appuyer sur quelques-unes des mesures préconisées dans le plan global de transformation de notre système de santé que l’exécutif doit présenter début juin.

«Notre système n’a pas évolué depuis la fin des années 50, a commenté le jeune médecin de 32 ans. À l’époque, nous vivions jusqu’à 75 ans. Aujourd’hui, on vit jusqu’à 90 ans, avec des problèmes de santé multiples et complexes qui demandent beaucoup plus de soins, alors même qu’on a moins de médecins ! Automatiquement, il fallait donc qu’on réfléchisse autrement.» Après être parti à la découverte de sept établissements aux spécificités diverses sur tout le territoire, il a énuméré une série de 19 mesures.

Si, d’après lui, les associations de patients et de jeunes médecins, tout comme les centres de santé, se sont montrés satisfaites face à ces propositions, des voix s’élèvent déjà, dont l’opinion est beaucoup plus contrastée. C’est le cas notamment de Patrick Pelloux, président de l’association des médecins urgentistes de France. Il s’attend à un nouveau rendez-vous manqué entre le gouvernement et ceux qui soignent les Français au quotidien. Ce serait dommage. Il y a urgence.


Les affaires se succèdent un peu partout en France

Le drame de la mort de Naomi Musenga à Strasbourg en décembre dernier, dévoilé à la fin du mois d’avril, a provoqué une onde de choc qui a sans doute délié les langues, que ce soit au niveau des patients, comme des professionnels de santé, pour mettre en lumière les différents dysfonctionnements qui ont eu cours ces dernières années dans les appels au Samu.

Ainsi, dans le Lot, une famille a fait savoir publiquement qu’elle avait récemment porté plainte pour non-assistance à personne en danger après que le père de famille, 70 ans, est décédé dans la nuit du 31 mars au 1er avril. D’après la famille du défunt, qui souffrait d’une maladie respiratoire chronique, les secours ont trop tardé à mesurer la gravité de la situation, et il aurait pu être sauvé grâce à une intervention plus rapide.

À Saint-Étienne, une enquête a aussi été ouverte pour non-assistance à personne en danger et homicide involontaire après le décès en mars d’une femme de 38 ans, enceinte de six mois, qui avait appelé le Samu neuf jours auparavant. Elle était en train de faire un malaise cardiaque et l’appel de son conjoint n’aurait pas été pris suffisamment au sérieux par les médecins régulateurs. Malgré l’intervention – tardive – des secours, elle est donc décédée quelques jours plus tard, tout comme son bébé, mort né après que l’accouchement a été provoqué.

Par ailleurs, au CHU de Tours, deux femmes de 88 et 93 ans sont récemment mortes dans la salle d’attente des urgences, après une trop longue attente. Et comme l’a dit la ministre, il existe au moins une dizaine d’affaires de ce type.