30 milliards pour les uniformes scolaires : Quand l’État se trompe de priorités

30 milliards pour les uniformes scolaires : Quand l’État se trompe de priorités

Les autorités sénégalaises ont-elles le sens des priorités ? En tout cas, cette question mérite réponse, parce que le constat est qu’elles passent toujours à côté de l’essentiel pour se focaliser sur des futilités. Au moment où l’école sénégalaise manque de tout, l’État ne trouve rien de mieux à faire que d’injecter 30 milliards pour l’uniformisation des tenues scolaires, alors que les urgences sont ailleurs. Tribune
Au moment où le pays manque de tout, au moment où la banlieue patauge dans les eaux, au moment où les hôpitaux n’ont pas de lits médicaux à suffisance, pas de respirateurs artificiels etc. Cela ne semble déranger outre mesure le pouvoir. Après l’achat d’un avion à 60 milliards, suivie de la construction d’un hangar de 3 milliards, selon Pape Alé Niang, l’achat d’un bateau de plaisance à 5 milliards, aujourd’hui l’Etat compte débloquer 30 milliards pour l’uniformisation des tenues scolaires.

Une décision qui n’agrée pas les acteurs du secteur de l’Éducation qui n’ont pas manqué de le faire savoir. Dans une sortie, Cheikh Mbow de la Cosydep, émet des réserves quant à «la priorité de l’opération face aux défis prégnants qui ont pour noms : résorber les abris provisoires, la question enseignante avec les querelles pour solder le passif, la mise aux normes de l’environnement des apprentissages».

À noter aussi, rappelle-t-il, que 40% des écoles sont sans toilettes, 2/3 des établissements sans eau potable et une école sur deux n’est pas sécurisée. Sans oublier le déficit en enseignants et les classes pléthoriques. Considérant tout cela, Cheikh Mbow estime que si «le système éducatif a 10 milliards (de francs Cfa), on devrait réfléchir sur la priorité». Et ces propos de Cheikh Mbow ne manquent pas de pertinence, parce qu’il est incompréhensible que dans une école qui manque de tout, que l’on puisse penser à dépenser autant d’argent pour des tenues, alors que les priorités sont ailleurs.

Comme dirait l’autre, c’est comme sucrer le miel alors que la bouillie manque de sucre. En tout cas, cela ne semble pas émouvoir le ministre de l’Éducation qui soutient que ce sont des directives du chef de l’État et elles seront appliquées.

Même si uniformiser la tenue est une certaine manière de réduire les inégalités sociales, force est de reconnaître quand même que la première des inégalités est de voir certaines écoles disposer de toilettes, d’eau potable, et d’autres commodités, non voir des élèves étudier dans des abris provisoires, à la merci des intempéries, au moment où d’autres possèdent toutes les commodités.

Donc, l’État aurait pu tout au plus donner des instructions aux écoles pour qu’elles procèdent à l’uniformisation de leurs tenues. Ainsi, parents d’élèves et personnel de l’école pourraient s’occuper de ce volet. L’État, pendant ce temps, devrait songer à utiliser les 30 milliards pour équiper davantage les écoles, discuter avec les acteurs du secteur de l’Éducation pour trouver une solution définitive qui puisse apaiser l’espace scolaire, et fournir aux écoles les matériels et autres intrants indispensables, pour la lutte contre la propagation du Covid-19.

Après tout, son rôle n’est pas de faire fabriquer des uniformes que l’on sache. Mais bon, ce n’est pas la première fois que le pouvoir passe à côté des urgences pour se consacrer à des projets qui sont loin d’être prioritaires. Cela semble même aujourd’hui être sa marque de fabrique.
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