75e anniversaire de la libération d’Auschwitz: le monde se souvient à Yad Vashem

Des dizaines de dirigeants internationaux sont présents ce jeudi 23 janvier à Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste, à Jérusalem. Ils prennent part à une cérémonie de commémoration de la Shoah, l’extermination de six millions de juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Avec notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil, et notre envoyée spéciale, Valérie Gas

Une quarantaine de présidents, de têtes couronnées ou de Premiers ministres ont fait le déplacement pour les cérémonies du 75ème anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz. Il n’y a qu’à l’occasion des obsèques d’Yitzhak Rabin et de Shimon Peres qu’Israël avait reçu autant de dirigeants en même temps.

Emmanuel Macron: « plus jamais ça »

Répondant à ce qu’il a appelé l’appel de Yad Vashem, Emmanuel Macron a aussi voulu répondre à une injonction, celle du « plus jamais ça ». C’est ce que le président de la République a dit devant la communauté française d’Israël, dernière étape de sa visite avant la cérémonie officielle au Mémorial de la Shoah.

Se souvenir du drame de l’holocauste, transmettre la mémoire aux plus jeunes, c’est aussi ce qu’Emmanuel Macron a voulu faire, en se rendant juste avant au Mémorial de la déportation des Juifs de France pour assister à une cérémonie très sobre, mais aussi échanger avec des lycéens français venus de Saint-Ouen spécialement, car pour le président de la République, l’antisémitisme revient. C’est le visage premier de la haine de l’autre. Et pour le combattre, il ne faut pas oublier.

Emmanuel Macron a voulu être très ferme, en affirmant sa détermination à agir et il a fait une promesse. « Je ferai tout pour conjurer la solitude des Juifs de France », des Juifs de France ébranlés par une décision de justice, récemment, celle de déclarer irresponsable le meurtrier de Sarah Halimi, rouée de coups et défenestrée en 2017.

Sans prendre position sur cette décision, Emmanuel Macron a voulu montrer qu’il entendait la souffrance de la communauté juive, en déclarant qu’il y avait un besoin de procès. Des mots très attendus ici et qui ont été écoutés dans le silence.

Ne pas oublier la shoah

La cérémonie a commencé par une série de discours : les dirigeants israéliens, mais aussi américain, russe, britannique, français et allemand devaient prendre la parole successivement pour appeler à ne pas oublier ce drame du XXème siècle. Mais sur le souvenir de ce génocide, ils devaient aussi tenter de mobiliser face au regain de l’antisémitisme actuel. La cérémonie se termine sur des prières et dépôts de gerbe.

 

Discours du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu ce jeudi 23 janvier lors des cérémonies commémoratives du 75ème anniversaire de la libération du camp  d’Auschwitz.

 

 

Discours du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu ce jeudi 23 janvier lors des cérémonies commémoratives du 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Emmanuel Dunand/Pool via REUTERS
Quelques polémiques entourent toutefois cette cérémonie: le président polonais l’a boycottée, mécontent de la place faite au président russe qui accuse son pays d’avoir une part de responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale. Et en raison du nombre d’invités internationaux, peu de survivants ont été conviés. Ce matin, le président ukrainien a décidé de céder les places de sa délégation à des rescapés. Une décision qualifiée d’« étrange » par Yad Vashem.

L’occasion de rencontres bilatérales entre les dirigeants

De tous les dirigeants présents à Jérusalem ce jeudi, Vladimir Poutine est le seul en visite officielle. Et il était certainement l’un des plus attendus. Lors de son entretien avec Benyamin Netanyahu, le président russe a rencontré la mère de Naama Issachar, une jeune Israélienne emprisonnée en Russie pour avoir été en possession d’une dizaine de grammes de cannabis. Vladimir Poutine lui a assuré que « tout se passera bien », laissant entendre qu’une libération de la jeune femme était possible.

Mais la presse israélienne s’interroge sur les contreparties données par Israël. L’une serait l’aide du gouvernement pour résoudre un conflit foncier concernant une église russe dans la vieille ville de Jérusalem. Une autre concession pourrait être sur la lecture de l’histoire de la seconde guerre mondiale par Vladimir Poutine : pour le président russe, son pays a été uniquement une force de libération face au nazisme alors que l’URSS avait signé un traité de non-agression avec l’Allemagne d’Adolf Hitler en 1939 et qu’elle n’est entrée en guerre qu’en 1941.

RFI