Coronavirus: l’inquiétude des salariés grandit en France

En France, le président et le gouvernement s’inquiètent du « coup d’arrêt » de l’économie dû à la crise sanitaire actuelle. Mais le message répété en boucle, « Restez chez vous », conduit des salariés à ne plus vouloir aller travailler et des entreprises à cesser leurs activités.

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« Il faut qu’on soit un peu plus clair », reconnaît un conseiller de l’exécutif. Le gouvernement tente donc de nuancer le message « Restez chez vous » qu’il martèle depuis plusieurs jours. Il s’agit de dire aussi : « Tout ne doit pas s’arrêter ! ». « Ça n’est pas une injonction contradictoire », se défend l’Élysée, « c’est au contraire compatible et nécessaire ».

Un message qu’a voulu clarifier le président Emmanuel Macron lui-même, lors d’une visite à l’Institut Pasteur ce jeudi 19 mars : « On va changer nos habitudes mais il ne faut pas que tout s’arrête ! Donc, ce n’est pas contradictoire. C’est pour ça que je n’ai pas parlé de confinement lundi soir. »

L’organisation des entreprises

Pour le chef de l’État, le « confinement » est un mot que les gens ne comprennent pas. « Quand on parle de confinement, les gens croient qu’on va tout calfeutrer et qu’on ne peut pas sortir et ce n’est pas vrai non plus. »

Emmanuel Macron demande aux entreprises de prendre le temps de s’organiser pour continuer à fonctionner, tout en respectant les règles sanitaires. Il s’agit, selon l’Élysée, d’atténuer le plus possible le coup d’arrêt de l’économie pour permettre une relance quand la crise sera terminée. Un coup d’arrêt que le Premier ministre, Édouard Philippe, anticipe d’ores et déjà comme « puissant, massif et brutal ».

Un ton alarmiste qui permet de justifier au passage la mise en place d’un état d’urgence sanitaire, un état d’exception en quelque sorte, qui doit être validée ce vendredi 20 mars par le Parlement.

Le respect de la sécurité des salariés

Emmanuel Macron, exhorte les entreprises à poursuivre leur activité « dans le respect des règles de sécurité sanitaire ». Dans un courrier du ministère de l’Intérieur adressé aux préfets, le gouvernement demande ainsi le maintien des chantiers de construction, malgré la mise en confinement. Des consignes qui sont très mal perçues par les professionnels.

David Lemaire est secrétaire général de la CNATP, la Confédération nationale des artisans des travaux publics et du paysage. Pour lui, « la décision dépend surtout de la capacité à assurer la sécurité des salariés, ce qui n’est pas toujours évident dès lors que l’on doit déplacer deux salariés sur un chantier. On les déplace avec un véhicule, confiné dans une cabine. Est-ce qu’on respecte là les règles d’usage sanitaire qui sont recommandées ? On peut se poser la question ».

Le secrétaire général de la CNATP ajoute que les salariés peuvent aussi s’échanger les outils au cours de la journée, comme une pelle ou un râteau. « On peut utiliser des gants, des masques ou mettre du gel hydro-alcoolique mais encore faut-il pouvoir s’en procurer. Aujourd’hui, peut-on respecter les règles sanitaires ? Ce n’est pas toujours évident. »

Pour ceux qui le peuvent aujourd’hui, les entreprises continuent à travailler, mais ce n’est pas toujours le cas. « Si on oblige les salariés à travailler sans pouvoir garantir leur sécurité, c’est une mise en danger des salariés. C’est aussi l’employeur qui peut être tenu pour responsable », précise David Lemaire.

L’inquiétude des salariés de Renault

La question de savoir quelles activités sont essentielles ou pas, et doivent être maintenues ou pas, se pose. Dans le BTP par exemple, avec des organisations professionnelles indignées par l’appel du gouvernement à poursuivre le travail sur les chantiers, ou encore chez Renault, qui a fermé l’essentiel de ses sites. Pour le plus grand mécontentement et la plus grande inquiétude des salariés.

Les douze usines françaises de Renault sont fermées depuis le début de la semaine. Mais dans certaines parties de l’ingénierie ou de la logistique, le travail continue, et pas forcément de chez soi. Selon Fabien Gache, délégué national CGT Renault, environ 600 salariés doivent toujours se rendre sur leur lieu de travail : « Les activités considérées n’ont aucune raison d’être, cela ne relève pas du bon fonctionnement de la société civile. Ce sont des conditions qui ne sont absolument pas optimales, car les salariés sont obligés de venir en transports en commun. Sur le poste de travail se pose aussi la problématique des distances qui, dans bien des cas, ne peuvent pas être respectées du fait de l’activité professionnelle. À cela s’ajoute l’absence de gants et du nécessaire pour désinfecter les installations, comme les essais de véhicule ».

Se pose aussi la question du maintien des salaires des employés au chômage partiel. Le gouvernement a annoncé qu’il augmenterait sa contribution à l’indemnisation des salariés. Fabien Gache demande aux actionnaires de participer, eux aussi, à l’effort collectif. « On ne peut pas demander à la population générale de faire preuve de citoyenneté et d’exclure des actionnaires. On a demandé à la direction générale de consacrer les sommes correspondantes aux dividendes au maintien à 100% de la rémunération de l’ensemble des salariés de l’entreprise et des intérimaires ».

À ce jour, 25 000 employés de Renault sur 38 000 en France sont concernés par le dispositif de chômage partiel.

rfi