
Berlin, Paris et Londres mettent en place un mécanisme de paiement européen destiné à permettre la poursuite des transactions commerciales entre l’Union européenne et l’Iran en dépit du rétablissement des sanctions américaines. Le but est de convaincre Téhéran de continuer à respecter l’Accord sur le nucléaire signé à Vienne en 2015.
Avec notre envoyé spécial à Bucarest, Quentin Dickinson
Les sanctions américainescontre l’Iran se fondent sur une interdiction de créditer les banques et entreprises iraniennes de transferts financiers, qu’ils soient libellés en dollars ou en toute autre devise, au risque, pour les contrevenants, de se voir interdire toute activité économique aux Etats-Unis ou en relation avec des sociétés américaines.
Les Européens ne souscrivent pas à ces sanctions, car ils entendent maintenir à flot l’accord sur l’encadrement international du nucléaire iranien.
Le mécanisme qu’ils ont mis au point pour contourner cet obstacle est celui d’une gestion centralisée du troc. En clair, si une entreprise européenne fournit des automobiles ou des machines-outils à une entreprise, publique ou privée, en Iran, ce pays s’acquittera alors de sa dette par la fourniture, pour un montant correspondant, d’un volume de pétrole, raffiné ou non.
L’instance centrale, du côté européen, gèrera les commandes et agira en chambre de compensation. De ce fait, il n’existera aucun flux financier entre Téhéran et l’UE.
Evidemment, chacun, ici, est conscient qu’à tout moment Donald Trump peut déclarer illégale cette procédure, ce qui provoquerait une confrontation brutale avec l’Union européenne. De son éventuelle réaction directe ou indirecte, l’on pourra déduire le poids véritable qu’il accorde à l’UE et aux trois membres de celle-ci qui ont le plus porté ce projet : France, Allemagne, Royaume-Uni.
L’Iran qualifie le dispositif de « première étape ». Washington a mis en garde les Européens contre les conséquences de leur décision de contourner les sanctions contre l’Iran.
Un mécanisme basé à Paris
Le mécanisme reçoit enfin un nom et une existence juridique : le nom, c’est Instex, acronyme en langue anglaise d’Instrument de soutien aux échanges commerciaux ; et le statut, c’est celui de Société par actions simplifiée, une SAS de droit français, structure légère et souple, enregistrée ce jeudi 31 janvier au Registre du commerce de Paris. Son capital se limite à 3 000 euros, apporté pour un tiers chacun par les premiers actionnaires que sont les Etats français, allemand, et britannique.
Les fonds sont modestes, mais l’adresse – 139, Rue de Bercy, Paris (XIIe), c’est-à-dire au ministère français de l’Economie et des Finances l’est moins et les dirigeants n’en sont pas des inconnus. Le président du Conseil de surveillance n’est autre que le secrétaire permanent au Foreign Office, flanqué de Maurice Gourdault-Montagne, secrétaire général du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, ainsi que du directeur général à l’Economie du ministère allemand des Affaires étrangères. La gestion au quotidien est confiée à un banquier allemand.
La modestie est cependant de mise quant au démarrage effectif des activités, d’abord, parce que l’on attend la création de l’organisme correspondant en Iran, et ensuite, parce que l’on entend bien roder le système de troc à l’aide de petites transactions, avant de se lancer dans des opérations plus significatives. C’est aussi une façon de rassurer les PME européennes, qui entretenaient jadis des échanges florissants avec l’Iran.
Accueil favorable à Téhéran, malgré le retard dans la mise en place du mécanisme
Avec notre correspondant à Téhéran,Siavosh Ghazi
La première réaction officielle de l’Iran est venue du ministre des Affaires étrangères en personne. « L’Iran accueille favorablement le mécanisme financier crée par l’Europe », a écrit dans un tweet Mohammad Javad Zarif. Mais il a ajouté que ce premier pas était très tardif.
Malgré cette première réaction positive, des responsables iraniens ont affirmé qu’il fallait attendre pour voir comment les sociétés européennes vont accueillir ce mécanisme et si elles vont accepter de travailler avec l’Iran. Des discussions doivent avoir lieu entre la Banque centrale iranienne et les responsables européens.
Ces derniers mois, Téhéran a critiqué les Européens pour le retard dans la mise en place de ce mécanisme. Les pays européens avaient en effet promis de créer un tel mécanisme pour compenser la sortie des Etats-Unis de l’accord nucléaire en mai dernier et permettre à l’Iran de maintenir ses relations commerciales avec le reste du monde.
Depuis le mois de mai dernier, la quasi-totalité des sociétés européennes a quitté l’Iran par peur des sanctions américaines et les exportations pétrolières du pays ont baissé de près de 50%.
Rfi

![Liban: les pénuries d’essence continuent et entraînent des files d’attente monstres Malgré les promesses du gouvernement, la fin progressive des subventions qui maintenaient le sans plomb et le diesel à un prix huit fois inférieur au marché n’a pour l’instant pas l’effet escompté. Les files d’attente devant les stations continuent, et beaucoup de pompes restent fermées ce mercredi 30 juin. PUBLICITÉ Avec notre correspondant à Beyrouth, Noé Pignède En plein centre-ville de Beyrouth, une file d’attente de plusieurs kilomètres s'est formée pour faire le plein. Les Libanais excédés désespèrent d’avoir de l’essence. « Les stations-services ont du pétrole mais elles l'ont gardé ces derniers jours parce qu'elles attendaient l'annonce officielle qui disait que le prix de l'essence allait augmenter progressivement chaque jour, explique Yara, qui se bat depuis trois heures pour ne pas perdre sa place dans la file d'attente. Ils ont augmenté aujourd'hui de 50%. Évidemment si je me mets à leur place et que je suis fourbe, je me dis : "Qu'est ce que je m'en fiche du peuple ? Pourquoi ne pas me faire 50% en 24h ? Je garde, qu'il crèvent, qu'ils n'aient pas d'essence, ils reviendront comme des petits chiens à attendre et mendier !"... Et ça ce n'est que le début ! » Ce n'est que le début, car dans trois mois, avec l’arrêt des subventions, un plein d’essence devrait coûter 600 000 livres libanaises, soit 80% du salaire minimum mensuel. Petite corruption En plus de l’augmentation des prix, les Libanais font toujours face à de grosses limitations du nombre de litres par voiture : tout est rationné. Mais pour cela, Yara, qui doit faire plusieurs centaines de kilomètres aujourd’hui pour son travail, a trouvé la parade. « Ce que je vais faire, et c'est horrible, je vais le supplier [le pompiste, NDR] de me remplir deux fois la limite en lui glissant quelque chose sous la manche, sous la table... Si vous croyez que je suis la seule... Je déteste ça dans ce pays, mais voilà ce que je suis devenue », déplore la jeune femme. Une petite corruption à laquelle se livrent désormais tous ceux qui en ont les moyens. Pour les autres, se déplacer va devenir un luxe, dans un pays quasiment dépourvu de transports publics.](https://actuvision.com/wp-content/uploads/2021/06/liban-100x70.jpg)









